Suite à la redécouverte lors d’une vente à l’Hôtel Drouot le 17 avril 2024 de l’Atlas des Figurines … réalisé et offert en 1806 au Vice-roi d’Italie Eugène de Beauharnais, par le Cabinet topographique, sur l’ordre du Ministre de la Guerre le général PINO et avec l’accord de mon ami Riccardo PAPI qui détient désormais cet Atlas, j’ai décidé de reprendre la présentation de cette source primaire de toute importance pour comprendre comment l’Armée du nouveau Royaume d’Italie s’est réorganisée dans l’héritage des formations et tenues de la République italienne.
Cet Atlas de l’année 1806 présente les formations existantes mais également les projets dont certains seront concrétisés avec le Règlement du 1er juillet 1807 tandis que d’autres resteront à l’état de propositions pour les uniformes : je note d’entrée de jeu que plusieurs légendes emploient le terme italiens de modelli (modèles), appellation qui m’avaient conduit à dénommer ainsi la quinzaine de dessins connus jusqu’alors !.
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Il faut rappeler que jusqu’à cette vente d’avril 2024, les chercheurs n’avaient pu rencontrer dans leurs investigations que 14 (ou 17) planches conservées dans les Musées de Milan, les 13 de la collection Brown et les 15 de la Bibliothèque du Musée Marmottan. Seul le Musée Marmottan montrait la planche consacré au Chasseurs de la Garde Royale et le 6ème régiment de ligne ne figurait pas dans la série de la Brown.
J’ai décidé de comparer ces trois sources qui sont comme nous le pressentions des copies d’une très petite partie de cet Atlas avec la source primaire que constitue l’Atlas. Qui dit copie peut signifier une approche différente pour le copiste ce que j’ai constaté tout de suite en regardant dans le détail les visages des personnages (les fameuses figurines – figurini) mais également le fond, l’arrière plan, le paysage des planches.
Mais, à cette occasion, j’ai découvert que les copies s’éloignaient de certains éléments de la source primaire.
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J’ai décidé pour ce premier article sur l’Atlas de me concentrer sur les 6 formations d’infanterie de ligne et de rectifier ainsi certains détails que j’ai pu utiliser dans mes travaux consacrés à l’infanterie de ligne italienne publiés une première fois entre 1992 et 1995 et une seconde lors de la sortie de mon livre en janvier 2008.
1- Repérage sur la planche du 1er de ligne de la Brown des zones différentes avec la source primaire
J’ai décidé d’organiser cette étude autour du 1er de ligne et de voir comment elle se généralise sur les 5 autres régiments.
Je suis donc reparti de la planche qui existe sur le site de la Brown et j’ai mentionné avec des couleurs différentes les 4 grandes différences :
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1-1 Notes 1 : signature de la planche et légende sous la planche
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Première remarque concernant la présence sur les 13 planches que possède la Brown d’une signature dans le coin bas à gauche de la planche. Il est possible de lire les lettres M et C entrelacées.
Cette signature ne figure ni sur la source primaire, ni sur les autres copies que j’ai rencontrées au Musées de Milan ou à la Bibliothèque du Musée Marmottan de Boulogne Billancourt.
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Seconde remarque, si la légende en italien qui figure sous la planche « N°1 Regimento d’Infanteria di Linea »(Régiment d’Infanterie de Ligne N°1) est commune pour les trois copies (Brown, Milan et Marmottan), elle diffère complétement de celle de la source primaire. Le fogio 29 mentionne en effet comme légende en italien : « Modello dell’Uniforme del 1° Reggimento di Truppa di Linea » (Modèle de l’uniforme du 1er Régiment de troupe de Ligne). Je donne les légendes italiennes en respectant à la lettre les écritures et je note que le terme Régiment est donné une fois en Regimento (copie) et une autre en Reggimento (source primaire), cette dernière étant la formulation exacte.
Cette seconde remarque est identique pour les 5 autres régiments : « Modello dell’Uniforme del 2° Reggimento di Truppa di Linea » – « Modello dell’Uniforme del 3° Reggimento di Truppa di Linea » – « Modello dell’Uniforme del 4° Reggimento di Truppa di Linea » – « Modello dell’Uniforme del 5° Reggimento di Truppa di Linea » – « Modello dell’Uniforme del 6° Reggimento di Truppa di Linea ».
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Ce qui signifie en final qu’en ce qui concerne l’infanterie de ligne, l’Atlas présente les modèles des uniformes pour les 6 régiments prévus selon le décret du Vice-roi du 2 mars 1806 mais dans la réalité de ce premier semestre 1806 les 5 régiments réellement existants sont encore avec la vieille tenue républicaine verte mise en place par les ordres du jour de 1801.
1-2 Note 2 : le fusilier (vu de face ET vu de dos)
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Il n’existe pas de grandes différences concernant le fusilier, aussi bien vu de face que dans la position vu de dos. La forme de l’habit et sa couleur blanche sont celles qui seront décrites dans le Règlement du 1er juillet 1807 et dans la Description de janvier 1809 avec des revers carrés portant chacun 7 petits boutons, un col porté fermé, 2 pattes d’épaule avec chacune 1 petit bouton, des parements ronds avec une patte à trois pointes et 3 petits boutons, des basques longues avec des retroussis également blancs, 2 poches en largeur sans aucun bouton (une seule poche est visible) et 2 gros boutons à la taille (un seul est visible auquel se fixe la giberne). Les boutons sont blanc.
Il est important de signaler qu’il n’existe aucun passepoil sur cet habit blanc. L’uniforme se complète de la veste et de la culotte blanches, des guêtres hautes.
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Le fusilier en position « présentez les armes » a son fusil muni de sa baïonnette sur le côté gauche, il est doté uniquement d’un baudrier porte-giberne (en cuir blanc) sur lequel est également fixé le porte-baïonnette. Il est intéressant de noter que dans ce projet de tenue du 1er semestre 1806, le dessinateur considère que le sabre briquet n’est plus en dotation pour les compagnies de fusiliers : de façon officielle il faudra attendre les textes d’octobre 1807 pour voir signifier la suppression du sabre briquet pour les compagnies du centre.
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La différence entre les copies et la source primaire concerne le chapeau. Le pompon lenticulaire rouge avec centre blanc et la ganse de cocarde sont semblables. Seule la cocarde est différente : alors que sur la source primaire est dessinée une cocarde tricolore avec le rouge à l’extérieur, suivi du blanc avec au centre la couleur verte, les copies montrent une cocarde avec la couleur blanche à l’extérieur, suivi du rouge avec au centre la couleur verte mais qui parfois n’est pas visible !
Cette remarque sur la cocarde concerne uniquement les régiments N°1 et N°4, les autres régiments ont tous une cocarde rouge-blanc-vert comme dessiné dans la source primaire.
1-3 Note 3 : l’officier vu de face (col et chapeau)
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La différence principale concernant l’officier se situe au niveau de son chapeau.
Alors que les copies donnent à cet officier le même chapeau que le fusilier avec cocarde, ganse et pompon lenticulaire, la source primaire montre un chapeau différent avec surtout l’absence du pompon et la présence de floches argent dans les cornes du chapeau. Les remarques faites précédemment pour la cocarde du fusilier restent valables pour l’officier.
Si l’officier a une tenue en tout point identique à celle du fusilier (guêtres hautes comprise), il se démarque par les attributs de son grade : contre-épaulette et épaulette à franges argent (sur épaule gauche), épée avec dragonne argent tenue dans la main droite en position «présenter les armes», le fourreau de l’épée est porté au moyen d’un baudrier (sans doute en cuir blanc).
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Une autre différence existe semble-t-il uniquement pour les régiments N°1 et N°2 concernant le collet de cet officier qui est représenté fermé pour ces deux régiments alors que la source primaire donne un collet ouvert laissant voir le col noir. Ce collet ouvert est de règle pour les régiments N°3 à N°6 et cela quelque soit l’origine du document, copie ou source primaire.
1-4 Notes 4a et 4b : les compagnies d’élite (briquet et dragonne)
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De part et d’autre de la planche elle-même, le dessinateur a représenté les attributs propres aux compagnies d’élite. La compagnie de grenadiers (note 4b) se trouve sur la partie droite avec sur les copies que j’avais consultées jusqu’au présent, le bonnet d’ourson (avec sa plaque laiton et les ornements rouges), les épaulettes à franges également rouges et la dragonne toujours de couleur rouge. Un texte d’explication en italien précisait la destination de ces objets : Berretone pe’ Granatieri – Spalline idem – Fiocco idem.
Sur le côté gauche, toujours sur les copies consultées, la compagnie de voltigeurs (note 4a) avec le pompon en forme de pomme de pin vert, les épaulettes à franges vertes et la dragonne également verte. Le texte d’explication en italien mentionne : Pompone pe’ Volteggiatori – Spalline idem – Fiocco idem.
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Quand on détaille les 6 planches de l’Atlas de 1806 concernant les régiments d’infanterie, on retrouve de part et d’autre les particularités des compagnies d’élite. Cependant, en ce qui concerne la dragonne; celle-ci est remplacée par le sabre-briquet avec son baudrier et sa dragonne rouge ou verte selon la compagnie.
Le texte en italien est également légèrement différent puisque les termes de « Fiocco idem» sont remplacés par « Sciabola idem». C’est sans doute une façon encore plus directe de préciser que les compagnies d’élite ont le sabre briquet qui n’est plus en dotation pour les fusiliers.
2- L’utilisation des « Modelli militari 1806 » dans mon livre sur l’infanterie de ligne publié en 2010
Lorsqu’en janvier 2010 j’ai publié mon livre sur l’Infanterie de ligne italienne – Tome 1 1799-1809, je n’avais donc pu consulter que les copies de l’Atlas de 1806 et mon ami et complice Frédéric POUVESLE m’avait réalisée une série de 2 infographies sur cette suite de 1806.
Je reproduis ci-dessous ces deux infographies : A20 pour les régiments d’infanterie de ligne N°1 à 3 et A21 pour les régiments d’infanterie de ligne N°4 à 6.
J’avais alors essayé de balayer toutes les reconstitutions possibles à partir de ce que les Modelli militari me permettaient de voir ou d’imaginer : fusilier, officier de fusiliers, grenadier, officier de grenadiers et voltigeur. J’avais réparti ces reconstructions sur les 6 régiments pour offrir une vue complète sur les distinctives des uniformes des 6 régiments.
Je constate aujourd’hui qu’elles comportent quelques inexactitudes au regard de la source primaire désormais disponible : la cocarde italienne n’est pas blanc-rouge-vert mais rouge-blanc-vert, le collet des officiers est ouvert et laisse apparaître le col noir, la tenue de l’officier de grenadiers ne reposait et ne repose que sur des hypothèses de reconstitution … au demeurant tout à fait plausibles !
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J’ai également constaté que j’avais fait une erreur dans l’uniforme du 4ème de ligne … d’où l’importance quand cela est possible de toujours revenir aux sources primaires. Je vais donc reprendre cette planche A21 en apportant les correctifs nécessaires.
J’avais déjà en décembre 2022 rectifié la planche que m’avait réalisée Frédéric BERJAUD pour illustrer le 4ème régiment en 1806 dans ma première publication de 1992-1995 sur l’infanterie de ligne italienne 1799-1814…ce sera désormais fait pour les deux publications.
Les infographies originales de Frédéric POUVESLE dans la publication de 2010 de mon ouvrage sur l’Infanterie de ligne italienne
Les infographies de Frédéric POUVESLE dans la publication de 2010 : rectificatifs de la planche A21
3- Nouvelle infographie sur le 1er de ligne montrant les différences entre source primaire et copie(s)
Cette infographie se veut être une synthèse concernant le 1er de ligne italien en 1806 au regard de la source primaire (l’Atlas) mais également de toutes les copies qui ont visibles (et elles seules) jusqu’à présent. Les différences sont certes minimes mais permettent de repérer désormais facilement l’original de la collection Riccardo PAPI.
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A partir de l’infographie sur le 1er de ligne, est est possible de reporter les informations sur les cinq autres régiments, puisque la structure de chaque planche est identique tant sur la source primaire que sur les différentes copies.
L’infographie ci-dessous fournit une vision globale de l’habit des 6 régiments existants en 1806 au moment de la parution de l’Atlas. Une remarque toutefois concernant le 6ème de ligne : c’est par le décret du 8 juillet 1806 que le Vice-roi transforme le Régiment Auxiliaire (qui porte ce nom depuis le mois d’août 1805 et qui est l’héritier de la Légion italienne mise sur pied en 1803). Il est donc intéressant de noter que l’Atlas comporte à la fois le modèle prévu pour la tenue du 6ème de ligne (foglio N°34) et la tenue du Régiment Auxiliaire (foglio N°39). C’est une nouvelle confirmation pour la datation de l’Atlante de’ Figurini … qui serait bien du 1er semestre 1806.
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Article achevé le 08/08/2026 – JP Perconte
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